p37
L’approche analytique est essentielle – elle a notamment
permis de créer la science, de gérer les entreprises… – ;
mais, face à la complexité, nous avons besoin d’une seconde
approche, une approche complémentaire qu’on appelle
approche « systémique » (de « système »), qui permettra
d’étudier la complexité sans la découper en petits morceaux.

p41
Soudain, l’homme invente le cyberespace*. Un monde
virtuel où – mieux que dans sa tête – il peut construire un
objet virtuel sur son ordinateur. Un architecte proposera
par exemple aux internautes de visiter une maison virtuelle.
Voilà bien une extraordinaire possibilité d’accélération !
L’évolution de la cybersphère se réalise en quelques décennies.
On peut assimiler l’approche darwinienne à un mécanisme
de création de variété, c’est-à-dire à un « générateur aléatoire
de variétés* ». Je reviens à mon exemple d’Internet. Dans
le cyberespace, de nombreux programmes seront (un peu
comme l’ADN, d’une certaine manière) téléchargés, utilisés,
copiés, améliorés, etc., par des utilisateurs. En reproduisant
ces programmes, les internautes vont parfois commettre
des erreurs, parfois les améliorer. Certains vont développer
de nouveaux programmes à partir des programmes originaux
que les internautes, d’une manière variée, vont alors choisir
de conserver ou d’éliminer selon leur intérêt pour les
fonctions proposées. Les mauvais programmes seront
rejetés. Ceux qui seront adaptés à un usage donné viendront
renforcer l’existant. On note que les mêmes mécanismes
de reproduction, de copie, de variation, de disparition et
d’adaptation s’appliquent aux objets du cyberespace
comme à l’ADN.


p50 (fractales)
Pour vous aider à mieux comprendre ce type de structure,
je vous invite à réaliser un petit exercice très simple. Vous
dessinez un triangle, puis, sur chacune des faces, vous
tracez un nouveau triangle dont la base mesure la moitié
de la ligne de votre triangle de départ. Ensuite, sur chaque
face de vos petits triangles, vous dessinez un plus petit
triangle, et ainsi de suite. Vous remarquez évidemment
que la taille de vos triangles se réduit tellement que vous
ne parvenez plus à insérer de nouvelles figures. L’ordinateur,
en revanche, peut réaliser des triangles minuscules. Ainsi,
l’ordinateur peut « complexifier » une simple ligne. Il peut
créer une structure fractale d’une fantastique complexité
à une vitesse prodigieuse.

p54 (phi)
Voici quelques exercices très simples pour illustrer mon
propos. Si vous dessinez une étoile à cinq branches et reliez
les éléments de cette étoile (les points de l’étoile), vous
obtenez un pentagone. Si vous prolongez chacun des
éléments de cette étoile, vous créez un deuxième pentagone
au centre de l’étoile, pentagone dans lequel on peut dessiner
une petite étoile, et ainsi de suite, à l’infini. Si vous calculez
le rapport d’un côté de l’étoile à un côté du pentagone
interne ou externe, vous obtenez des triangles d’or et donc
le nombre Phi…
Tracez un petit carré et glissez un autre petit carré de
taille identique à côté. Dessinez ensuite un carré du double
de la taille des précédents, et ainsi de suite. Si vous établissez
le rapport de ces surfaces (ou de ces distances) entre elles,
là encore, vous obtenez une série de Fibonacci. Maintenant,
tracez une courbe reliant l’intérieur de chacun de vos carrés
en commençant par le plus petit. Vous réalisez une spirale,
dite « spirale de Fibonacci ».

p65
Il ne faut pas, bien sûr, confondre les sociétés d’insectes
avec les sociétés humaines. Alors que les insectes gagnent
facilement en intelligence collectivement, les hommes les
plus intelligents individuellement peuvent l’être beaucoup
moins en groupe. Pour construire une véritable intelligence
collective, incarnée par les sciences, il faut une grande liberté
mais aussi toute une organisation, des filtres, des processus
de validation, de vérification, de correction d’erreurs
assurant la reproduction du savoir antérieur. Si la science
ne sait pas où elle va, elle sait qu’elle veut savoir. Les systèmes
complexes exigent une direction par objectif, des finalités
partagées et des régulations qui ne sont pas données à
l’avance, mais bâties au fur et à mesure qu’on apprend de
nos échecs. Notre avenir n’est pas voué aux seuls aléas des
éléments mais à nos connaissances accumulées, à nos
capacités de prévisions ainsi qu’à notre action collective.
Si nombreuses que soient donc les homologies entre des
systèmes complexes très différents, il ne faut néanmoins
pas en perdre de vue les différences.

J’ai tenté de décrire différents types de symbiose* dans
mon livre L’Homme symbiotique. J’ai essayé d’expliquer
comment l’homme, en relation avec les différents réseaux
techniques et humains qu’il contribue à construire, participe
à l’émergence d’un niveau de complexité supérieur tout
en ignorant où cela le conduira. À étudier l’évolution
humaine, il semble bien que l’homme n’a aucun plan. Il
marche à tâtons… Comme l’a joliment écrit Antonio
Machado, « le chemin se fait en marchant » et il est
vraisemblable que l’émergence de propriétés nouvelles
nous éclairera sur le bien-fondé de nos choix collectifs.
Avons-nous eu tort ou raison ? Il faut en tout cas que nous
prenions position sur nos finalités collectives, responsables
de notre futur.
Voilà pourquoi, face à l’avenir, je préfère adopter une
attitude constructive et pragmatique plutôt que simplement
optimiste ou pessimiste. Comme le soulignait Francis
Bacon, est-ce que tout ce qu’il est possible de faire, nous
devons le faire ? Ne devrions-nous pas plutôt faire ce dont
nous sommes capables seulement après avoir réfléchi aux
conséquences de nos actes?


Internet

p71
En effet, la
technologie change moins les sociétés que la réappropriation
des technologies par les utilisateurs-citoyens ne modifie
le cours des événements.

p73
Internet n’est pas une TIC, mais une TR, une « technologie
de la relation ». La messagerie électronique, les bavardages
(les fameux chats) et les forums de discussion ont bouleversé
Internet et l’ont institué en tant qu’outil de relation. Internet
ne peut être réduit à un nouveau média qui s’ajouterait à
l’imprimerie, à la radio, à la télévision ou encore à la Poste.
Toutes ces fonctionnalités (le texte, la radio, la télévision
ou le courrier) existent aussi sur Internet. Davantage qu’un
« média des médias », Internet est un « écosystème
informationnel ».
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